Tongue Twisters

Note sur Tongue Twisters
« J’ai réuni il y a quelques années dans un studio d’enregistrement à Berkeley des modèles, la plupart américains, bilingues, voire trilingues (ils sont étudiants ou professeurs). Chacun s’est exercé à prononcer des tongue twisters (on traduit en français par virelangues) dans sa première ou seconde langue. Ce sont ces phrases difficiles à prononcer, souvent dénuées de sens, qui multiplient les obstacles par allitérations successives. Je vous en cite quelques-unes, en français : Le poivre fait fièvre à la pauvre pieuvre, Un pâtissier qui pâtissait chez un tapissier qui tapissait dit un jour au tapissier qui tapissait : vaut-il mieux pâtisser chez un tapissier qui tapisse ou tapisser chez un pâtissier qui pâtisse ? ou, plus célèbre encore, Un chasseur sachant chasser doit savoir chasser sans son chien de chasse. D’autres encore : en anglais, How much wood would a woodchuck chuck if a woodchuck could chuck wood ?, en castillan, Tres tristes tigres tragaban trigo en un trigal, en italien, Il cuoco cuoce in cucina e dice che la cuoca giace e tace perchè sua cugina non dica che le piace cuocere in cucina col cuoco. La liste serait infinie. Jeux de prononciation destinés aux enfants, aux apprentis d’une langue nouvelle ou aux comédiens. Le jeu consiste à réciter la phrase plusieurs fois de suite, le plus rapidement possible. J’ai enregistré ces tongue twisters en allemand, anglais, arabe, arménien, assyrien, coréen, croate, espagnol, farsi, français, hébreu, italien, japonais, latin, mandarin, polonais, portugais, vietnamien, tagalog, turc. Proposer au modèle une course d’obstacles me semble l’une des définitions de la direction d’acteur. J’ai toujours eu beaucoup de réticence à travailler avec des comédiens. J’ai le plus souvent recours à des modèles doués d’un savoir particulier, parfois excentrique : jouer d’un instrument de musique, jongler, courir le long d’un fil tendu, faire de l’escrime, sauter à l’élastique, parler à l’envers, sténographier, parler une langue étrangère sans jamais l’avoir apprise, voire bégayer. Ces différentes activités croisent deux registres, physiques et langagiers, comme si la parole relevait d’un art de la gymnastique. »
 
 

« Du bégaiement », extrait, Érik Bullot, Trafic, n°75, 2010

 

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