Note  



Ce film s’inspire de deux faits divers scientifiques curieux. En 1838, l’Académie des Sciences à Paris proposa d’accorder la somme de trois mille francs à toute personne capable de lire à travers un corps opaque dans des conditions contrôlées. Monsieur Pigeaire, médecin à Montpellier, présenta sa fille Léonide qui releva le défi au cours de plusieurs séances en présence de différents scientifiques, dont Arago. Un différend opposa Pigeaire et les membres de l’Académie sur la qualité du bandeau qui recouvrait les yeux de sa fille. « Je vous remettrai, Messieurs, cet appareil, et vous vous assurerez qu’il est imperméable au moindre rayon de lumière », écrit-il. « S’il restait quelque doute dans vos esprits sur son opacité complète, vous pourriez en faire construire un autre de la même forme, pour ne pas contrarier la petite somnambule, qui a contracté l’habitude de ce bandeau. »

Une dépêche de l'agence Reuters, datée du 5 septembre 2006, nous apprend qu’à Norwich (Angleterre), de nombreuses personnes disent avoir reçu un appel de quelqu'un à qui elles venaient de penser. Rupert Sheldrake estime posséder des preuves d'un phénomène qu'il qualifie de télépathie téléphonique.

Sur la base de ces deux faits divers, Télépathie reconstitue des fragments de l’épisode de la petite somnambule en regard de scènes filmées avec un téléphone mobile. Jouant sur le dialogue entre opacité et transparence, énigme et clairvoyance, Télépathie expérimente la puissance suggestive des images et des sons à la manière d’une pensée extralucide.

Érik Bullot, avril 2009

 
 
 
 

Voir Télépathie.

Note

Une nouvelle des Enfantines de Valery Larbaud, la Grande époque, décrit les pays imaginaires traversés par des enfants dans un jardin sans doute minuscule. Un continent à l’échelle d’une plate-bande. Le Jardin chinois obéit à une même règle du jeu. Dans un jardin classique, celui de la Villa Médicis à Rome, lieu des grandes vacances par excellence, le jeu consiste à provoquer l’apparition de l’Empire céleste par les moyens les plus ténus possibles, jusqu’au rêve absolu : filmer Rome en Chine, ériger le principe d’étrangeté poétique en méthode. Deux oiseaux en bois peint, un éventail et une ombrelle suffisent à introduire le soupçon d’un léger décalage dans un univers d’artifice où l’humain frôle la marionnette, où le fantôme de la peinture se profile dans le goût exacerbé du tableau et la pigmentation produite par le gonflage du super-8. Exténuer peu à peu l’image jusqu’à sa déréalisation par excès de blancheur, à la manière des visions embuées au sortir de l’eau, du passage de l’ombre à la vive lumière : tel est le paradoxe poétique de ce jardin chinois. (1990)

À consulter : 64 propositions pour un Jardin chinois, Érik Bullot, Revue de la Villa Médicis, n° 7/8, Rome, 1989.